Selon une enquête récente par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), la consommation d’alcool chez les jeunes est en baisse depuis quelques années. Il s’agit d’un mouvement qui s’observe aussi, mais de manière moins prononcée, dans d’autres groupes d’âge. Cette transformation ne veut pas dire que l’alcool a disparu de leur quotidien, mais elle montre qu’il occupe désormais une place moins centrale qu’avant dans les habitudes sociales.
Parmi les différents groupes d’âge, ce sont surtout les 15 à 17 ans qui illustrent ce changement. Chez les garçons de ce groupe, la proportion de ceux qui disent ne pas avoir bu dans la dernière année a fortement augmenté au fil du temps, ce qui montre à quel point les habitudes évoluent rapidement chez les plus jeunes.
Réseaux sociaux

Si l’alcool perd du terrain, quel est le nouveau péché mignon chez les jeunes ? Pour Jorge Flores-Aranda, professeur à l’École de travail social de l’UQAM et spécialiste en dépendances, les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place centrale dans la vie des jeunes. À ses yeux, cette présence constante peut aussi devenir problématique, surtout quand elle remplace d’autres formes de contact plus directes. Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir ce que les jeunes consomment, mais aussi ce qui les isole.
« Oui, les jeunes boivent moins… Mais ils restent vulnérables à d’autres dépendances »
– Jorge Flores-Aranda
En effet, l’attrait des plateformes en ligne peut donner l’impression d’une connexion constante, alors qu’elles nourrissent parfois un sentiment de solitude. Les jeunes sont en contact en permanence, mais pas toujours de manière réelle ou profonde. Pour le chercheur, cette transformation des pratiques sociales mérite autant d’attention que la question de l’alcool, puisque les formes de dépendance changent, mais les risques, eux, restent bien présents.
Comportements à risque
De son côté, Marie-Josée Harbec, conseillère scientifique spécialisée à l’INSPQ, observe que les jeunes adoptent en général moins de comportements à risque qu’avant, que ce soit pour l’alcool, la drogue ou les relations sexuelles non protégées, notamment parce qu’ils sont plus connectés « virtuellement » que physiquement. Mais cette évolution s’accompagne aussi d’un revers moins heureux : les jeunes vivent souvent davantage d’isolement social. Dans ce contexte, comme ils socialisent autrement, la norme sociale autour de l’alcool change elle aussi.

Aujourd’hui, ne pas boire est plus accepté qu’avant. Ce qui pouvait autrefois apparaître comme une exception devient peu à peu un choix normal. Dans cette transformation, l’alcool perd son statut quasi obligatoire dans les rassemblements, sans disparaître complètement de la culture jeune. La vraie question est alors la suivante : cette baisse traduit-elle un vrai changement durable dans les habitudes des jeunes, ou seulement une tendance passagère ?




















