« On vise l’itinérance zéro, ça peut paraître ambitieux mais on veut être ambitieux », déclare François Moisan, en présentant la « Vision en matière d’itinérance » de la ville de Québec. Ambition d’autant plus grande que le nombre de personnes en situation d’itinérance augmente de 10 % chaque année d’après le CIUSSS (Centre Intégré de Santé et de Services Sociaux). C’est ce qui explique que les électeurs, sondés lors de la campagne électorale, ont majoritairement fait de l’itinérance un enjeu prioritaire, juste après le logement ; deux réalités au demeurant étroitement liées. Les plaintes reçues par la Ville proviennent surtout du quartier Saint-Roch. Et pour cause, c’est dans le centre-ville que se concentrent les services d’aide aux citoyens les plus vulnérables et donc là où ils ont tendance à se regrouper, a expliqué le porte-parole des relations médias de la Ville. Or, « l’aspect cohabitation est très important pour nous » a-t-il précisé. La Ville a donc accéléré depuis cet automne ses stratégies pour remédier à ces conflits de voisinage.

En premier lieu, les opérations dites de nettoyage : « ce que l’on fait présentement n’existait pas comme opération », explique François Moisan. Auparavant ponctuelles, ces interventions sont désormais quotidiennes dans quatre secteurs de Saint-Roch et dans la rue Saint-Joseph. L’objectif : un quartier propre pour une cohabitation apaisée, le tout dans le respect des personnes sans-abri. Les policiers mobilisés ne peuvent en effet pas ramasser leurs biens sans consentement, rappelle le porte-parole du cabinet du maire.

Hébergement et accompagnement

La Ville maintient ainsi sa ligne de défense à empêcher la formation de campements. « Ce qu’on s’assure, c’est que les personnes aient du soutien. On les dirige vers les organismes pour qu’elles aient de l’aide, parce qu’on considère qu’un campement ce n’est pas une façon de vivre non plus ».  Québec collabore avec une quarantaine d’organismes pour offrir ensuite un hébergement et un accompagnement à ces personnes délogées. Les deux répits d’hiver, dans la basse-ville et au sous-sol de l’église Saint-Roch, ont d’ailleurs ouvert avec les premiers froids. Pour autant, les ressources manquent. Lauberivière, principal refuge de la région, a dû refuser des dizaines de personnes en novembre – confiait alors la conseillère municipale Marie-Pierre Boucher, au journal communautaire Droits de parole.

De fait, la Ville travaille sur la création d’espaces répondant aux besoins essentiels des personnes en situation d’itinérance (douche, casiers, buanderies…). À ce titre, le CIUSSS vient d’annoncer un nouvel hébergement pour une quarantaine de personnes, dans la rue du Roi, qui vise un public ciblé relativement âgé « parce qu’on sait que quelqu’un qui vit dans la rue vieillit plus vite que tout le monde, ce qui fait que ce sont des gens qui se retrouvent souvent avec une santé précaire », précise François Moisan.

Le nouveau quotidien de Stacey, ancien sans-abri qui a pu bénéficier des services de la Ville de Québec.

L’autre objectif  repose sur la décentralisation des services. En désengorgeant le centre-ville et en prenant en compte le bien-être des personnes en situation d’itinérance devrait permettre une meilleure cohabitation avec les résidents. En effet, pour celles qui ne viennent pas du quartier Saint-Roch, perdre leurs repères, s’éloigner de leurs proches, risque d’aggraver leur situation. C’est pourquoi le projet des modulaires d’hébergement transitoire s’inscrit dans le secteur de Beauport.

Dans le soutien aux citoyens les plus vulnérables, les médias ont également un rôle à jouer. La hausse de l’itinérance a encouragé une perception hostile, présentant davantage les personnes en situation d’itinérance comme une source de nuisances plutôt que des citoyens en détresse, comme le souligne par exemple Ariane Sousa-Caron, actuellement étudiante au doctorat en travail social à l’Université Laval. Prioriser désormais l’appellation de « personnes en situation d’itinérance » plutôt que simplement « itinérants » ou « robineux » constitue déjà une avancée. Traiter ces personnes avec dignité et empathie demeure une clé pour améliorer la cohabitation.