Une prière de rue se déroulant à Montréal, près de l’intersection des rues Sainte-Catherine Ouest et Saint-Urbain, lors d’une manifestation de soutien à la Palestine (photo : Samir Bendjafer / Radio-Canada International).
Le MLQ appuie tout de même, « au nom de la cohésion sociale », la volonté du gouvernement Legault de déposer un projet de loi pour interdire les prières de rue. Depuis plusieurs mois, ce phénomène émerge plus spécifiquement à Montréal. Des vidéos montrant des personnes de confession musulmane réunies devant la basilique Notre-Dame pour prier en groupe ont beaucoup fait réagir sur les médias sociaux. Certains dénonçaient un acte de provocation interreligieuse.
« Soyons honnêtes, ce sont surtout les islamistes radicaux qui s’attaquent à ces valeurs [comme la laïcité] avec de plus en plus d’intensité », avait déclaré François Legault lors de son discours d’ouverture à l’Assemblée nationale, traduisant ainsi son intention d’interdire les prières de rue. Et vous, qu’en pensez-vous?
Daniel Baril ne cache pas son malaise face au phénomène des prières de rue. « Ceux qui sont présents [à ces prières de rue] et qui comprennent l’arabe disent qu’il y a des appels à la violence et à la haine », évoque-t-il.

Si le MLQ et le gouvernement Legault sont tous deux favorables à l’interdiction des prières de rue, c’est plutôt sur la conception de la laïcité qu’ils ne s’entendent pas. En fait, Daniel Baril reproche au premier ministre « de se mettre les pieds dans la bouche. Chaque fois que François Legault parle de laïcité, il n’a pas le bon discours pour faire les distinctions qui s’imposent », précise-t-il. Le président du MLQ renvoie ici à l’importance de faire une distinction entre la société et l’État. La laïcité ne s’appliquerait en fait qu’aux institutions de l’État.
« Les principes de la laïcité sont mal compris. »
— Daniel Baril
Il soutient par ailleurs qu’il faut bien distinguer les prières de rue et l’acte de « prier dans la rue ». Ce dernier relèverait plutôt du droit à la liberté d’expression dans un cadre personnel, et ce même s’il se déroule en public. En ce sens, rendre l’espace public complètement laïque et exempt de religion serait impossible. Avoir recours à une loi sur la laïcité de l’espace public serait trop restrictif, selon le président du MLQ.
L’argument du « libre accès aux espaces publics » serait à privilégier selon lui. À cette fin, il rappelle que des règlements de zonage dans certaines municipalités permettent déjà d’interdire ou d’encadrer les activités religieuses dans la sphère publique. Le MLQ note cependant que ces règlements ne sont pas toujours appliqués rigoureusement par les municipalités. Les prières de rue pourraient pourtant être interdites simplement en s’assurant du respect de ces règlements. Devant le « laisser-faire » de certaines municipalités, M. Baril reconnaît qu’une législation uniforme à l’échelle de la province est nécessaire.
En tant que militant convaincu de la laïcité, il a hâte de voir en quoi consistera le projet de loi du ministre responsable de la Laïcité, Jean-François Roberge, attendu pour cet automne. « Une interdiction pure et simple me paraît difficilement réaliste sans les distinctions qu’il faut faire entre “prières de rue’’ et “activités religieuses dans un espace public’’ », conclut le président du MLQ.


















