Voilà un redémarrage appuyé par des dispositifs d’intelligence artificielle que l’entreprise présente comme s’inscrivant dans une réflexion plus large sur l’avenir de la presse. En intégrant cette technologie à la rédaction, Métro Média affirme vouloir conjuguer modernité et rigueur journalistique. Cependant, cette initiative pose question : depuis l’annonce, sur le web, les réseaux sociaux ou dans la rue, les réactions sont très variées. Il y encore une prudence face à ce type de média.
Pierre-Antoine Fradet, le propriétaire de l’entreprise, pense ainsi que Métro devient le premier journal canadien à officiellement intégrer les outils d’intelligence artificielle. Celui qui a également développé le « moteur IA » de l’entreprise promet que son utilisation sera bien encadrée par les journalistes. Dans ce cadre, Métro Média s’est doté d’une politique d’utilisation de l’intelligence artificielle, qui indique comment l’entreprise fera usage de cette nouvelle technologie, sans trop entrer dans les détails. Le média mentionne notamment que l’intelligence artificielle sera utilisée comme un outil d’assistance pour la création de contenus et qu’il y aura systématiquement de la supervision humaine avant, pendant et après cet emploi.

Pour Muriel Béasse, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Haute-Alsace, il est intéressant de constater que Métro Média prend beaucoup de précautions : « ils font plus d’efforts pour nous dire ce qu’ils ne feront pas avec l’IA que ce qu’ils en feront », dit-elle.
Pour la chercheuse, plusieurs questions se posent en matière d’utilisation de dispositifs d’intelligence artificielle dans la rédaction d’articles de presse et notamment « comment cela profite aux entreprises de presse ». Muriel Béasse estime que, pour les médias, l’utilisation de l’intelligence artificielle peut être une marque de distinction. « [C’est une façon de dire] qu’ils sont dans l’innovation, dans l’efficacité », explique-t-elle. Elle mentionne que cette nouvelle technologie peut être très utile à titre d’outil, que ce soit pour des traductions, des synthèses ou de la veille. Muriel Béasse donne notamment l’exemple des reportages d’enquête, où les outils d’intelligence artificielle peuvent venir enrichir la recherche des journalistes.
Cependant, la chercheuse en communication souligne certains effets néfastes que l’utilisation de l’intelligence artificielle peut engendrer. « Si [l’IA] devient un agent et remplace le journaliste, […] là, on va avoir un gros problème en matière d’innovation », note-t-elle. Muriel Béasse rappelle aussi l’impact environnemental qu’entraîne l’utilisation de la technologie, un élément qu’elle juge souvent écarté du débat public. Elle ajoute que plusieurs questions éthiques peuvent surgir quant aux différentes méthodes d’utilisation des outils d’’intelligence artificielle, notamment en ce qui a trait à la désinformation. « C’est l’ère du doute, c’est quand même important d’annoncer comment le journal s’engage à [utiliser l’IA] », mentionne-t-elle. Des éléments comme la provenance des informations utilisées par les dispositifs d’intelligence artificielle et la vérification des articles par un journaliste sont essentiels à surveiller pour Muriel Béasse.
Muriel Béasse, qui, comme beaucoup de chercheurs, constate la rapidité du développement de l’intelligence artificielle, indique qu’il y a encore une grande part d’inconnu dans ce domaine. Elle croit qu’il sera essentiel pour les citoyens d’être vigilants quant à son utilisation et de déterminer les attentes qu’ils ont envers les journalistes.
La chercheuse a cependant bon espoir quant à son utilisation future dans les médias. « J’ai confiance en la capacité du journalisme, comme activité fondamentale dans nos sociétés démocratiques, de s’adapter et d’en faire bon usage, notamment pour le journalisme d’investigation. Ça le renforce et c’est vraiment intéressant.», mentionne-t-elle. Elle ajoute que cela va peut-être permettre aux journalistes de se rapprocher du terrain et de l’être humain, ce qu’elle considère comme fondamental dans le domaine.


















