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« Glamping » quatre saisons : gîtes insolites pour campeurs douillets

3 juin 2019 - 09:26

La « Cabania » du Camping Aventure Mégantic est une mini-maison dans les arbres disponible pour location hiver comme été. (Crédit photo : Marie Boulet-Côté)


Marie Boulet-Côté

Confort, nature, expérience, nouveauté, clé en main : voilà ce que cherchent les campeurs de luxe. De plus en plus nombreux à vouloir dénicher un petit paradis, ils poussent certains campings et centres de plein-air du Québec à bonifier leur offre de service. De nouveaux hébergements insolites écoluxueux sont ainsi construits pour abriter les voyageurs été comme hiver. Le « glamping », une contraction des mots « glamour » et « camping », se popularise au Québec et change tranquillement le visage du camping traditionnel auprès du grand public.

Situé dans la région des Cantons-de-lEst, le Camping Aventure Mégantic est un exemple de lieu de villégiature qui offre 11 nouveaux prêts-à-camper luxueux, dont sept ouverts à l’année, en plus de ses 168 emplacements pour tentes et roulottes. Parmi ces hébergements quatre saisons, on retrouve deux « Yourtes en bois de luxe », deux « Cabanias » (maison dans les arbres) et trois « Pods » (petites habitations en bois), auxquels s’ajoutent les quatre chambres d’une auberge nichée aux abords du lac Mégantic.

 

Un camping cinq étoiles

Quatre ans après son ouverture, le Camping Aventure Mégantic a été élu camping de l’année 2018 lors du Congrès de Camping Québec en octobre. Il a également reçu sa mention cinq étoiles en juin dernier. Jean-Sébastien Roy, coordonnateur aux activités et homme à tout faire du camping, n’est pas peu fier. « C’est la première fois depuis que Camping Québec existe qu’un camping devient cinq étoiles en si peu de temps, mais on a monté nos infrastructures dans le but de respecter les critères établis par Tourisme Québec », explique-t-il.

Seulement 2,5% des campings au Québec ont reçu la classification cinq étoiles en 2018. (Crédit : Camping Aventure Mégantic)

En effet, des centaines de critères déterminent la classification des établissements de camping, allant, comme le disait M. Roy, « du service à la clientèle jusqu’aux vis sur le siège de toilette ». De plus, la diversification de l’offre et l’innovation contribuent à enrichir le potentiel touristique d’un camping. « Notre idée originale était d’avoir des hébergements qui sortent de l’ordinaire pour ne pas qu’on reproduise la même chose qui se fait ailleurs. On a acheté un moulin à scie et on est partis à neuf », ajoute M. Roy.

Nouvelles expériences, nouvelles ambiances

La clientèle touristique du camping, majoritairement composée de jeunes familles urbaines, cherche non seulement un nouvel endroit où se ressourcer peu importe la saison de l’année, mais aussi le meilleur rapport qualité-prix qui existe sur le marché. « Le camping est renommé pour être familial. Les gens viennent des grandes villes et on essaie de leur offrir une expérience adaptée à leurs besoins, autant économiques que pratiques », explique le coordonnateur. Il ajoute que vivre l’expérience du « glamping » donne l’opportunité aux touristes de découvrir une région qu’ils n’auraient peut-être jamais eu l’occasion de connaître autrement.

Les voyageurs sont aussi de plus en plus mobiles, donc la durée et la fréquence de leurs séjours se voient également modifiées. « On ne part pas seulement l’été ou aux vacances, mais plus souvent, moins longtemps, et à proximité. C’est encore plus vrai pour les hébergements insolites. L’idée est d’essayer, pas de s’installer », constate Pascale Marcotte, professeure titulaire au département de géographie de l’Université Laval et responsable scientifique de la Chaire de recherche en partenariat sur l’attractivité et l’innovation en tourisme (Québec-Charlevoix).

L’ambiance du Camping Aventure Mégantic change au rythme des saisons. Les fins de semaine d’été, le site accueille autour de 1500 personnes au total, alors qu’en hiver les habitations ne peuvent abriter qu’environ 35 personnes. Les activités estivales animant le site sont plus nombreuses que celles organisées dans les autres saisons. « Et c’est parfait comme ça. Le but de demeurer ouvert à l’année est justement de créer plusieurs ambiances, allant de la plus tranquille à la plus effervescente », renchérit Jean-Sébastien Roy.

L’été, les piscines deviennent l’attrait principal du camping, si bien qu’elles doivent fermer à l’occasion par souci de sécurité, et ce, en raison d’un trop grand nombre de baigneurs. (Photo courtoisie : Camping Aventure Mégantic)

La tradition du camping veut que les familles se regroupent autour d’un feu de camp, mais peu à peu, celles-ci cherchent à être isolées les unes des autres et souhaitent ne plus avoir à subir les inconvénients du camping en tente. Le besoin de s’éloigner du quotidien expliquerait entre autres la popularité du « glamping » quatre saisons auprès des Québécois, tendance d’abord née en territoire anglophone. « Le “cocooning”, être dans une bulle, juste entre soi, à l’abri du monde extérieur, tout en restant branché, amène la recherche d’endroits exclusifs », explique Mme Marcotte. 

En effet, pour la famille Coulombe, originaire de Sherbrooke et nouvellement adepte du « glamping », se reposer et voyager léger font partie de ses priorités. « Depuis deux ans, on se promène de cabane en cabane et camper avec des enfants, c’est tellement rendu plus simple. C’est comme si on conserve les avantages du camping sans en vivre les désavantages et en plus, ça change la routine habituelle. On est toujours dans le bruit, alors on cherche le calme, et l’hiver, ça se trouve plus facilement que l’été », explique Patrick Coulombe.

Selon Jean-Sébastien Roy, le « glamping » permet aux gens de vivre plusieurs courts séjours dans l’année, sans avoir à investir dans l’achat d’un camion et d’une roulotte. Vu l’engouement pour cette nouvelle tendance, quelques projets à long terme sont envisagés au Camping Aventure Mégantic. « Actuellement, 33 acres de terrain sont exploitées sur 104. Cet été, on va aménager 15 autres terrains. Côté activités, je vais m’occuper de développer des forfaits tout inclus, un peu comme dans le Sud où les gens auront l’hébergement, la nourriture et les activités de planifiés dans leur semaine », explique-t-il.

Ailleurs au Québec

Les campings ne sont pas seuls à vouloir innover. D’autres gîtes et habitats insolites voient le jour à travers le Québec, tous visant à charmer le campeur par la nouveauté, le luxe et le respect de la nature. À Eastman, en Estrie, l’entreprise Le Vertendre propose des lofts contemporains à aire ouverte nommés « Zoobox ». Ces refuges en milieu naturel visent l’harmonie avec l’environnement, les défis et le plaisir. D’après Alain Chagnon, président chez Le Vertendre, « se retrouver en famille ou entre amis dans un environnement tel qu’un refuge permet d’améliorer les liens ». 

Or, les installations en nature, aussi originales soient-elles, obligent les entreprises à conjuguer avec un défi écologique. M. Chagnon explique que les travaux d’excavation pour la réalisation du projet augmentent l’érosion des sols qui nuit aux cours d’eau. « Nous construisons plus de bassins de sédimentation, nous installons des barrières de sédimentation et nous limitons le déboisement », ajoute-t-il.

L’entreprise, qui accueille en moyenne 7500 visiteurs par année, travaille à ce jour au développement d’un réseau international d’écotourisme incluant des refuges « Zoobox ». « Actuellement, nous sommes en Irlande et nous débutons en Afrique dans les prochains mois », conclut M. Chagnon.

Chaque « Zoobox » est 100 % autonome en énergie. (Photo courtoise : Le Vertendre)

Chaque habitat a un design unique et peut loger six personnes. (Photo courtoisie : Le Vertendre)

Dans la région de Charlevoix, les micro-chalets de Repère Boréal, construits en juillet 2016, attirent les jeunes adultes entre 25 et 39 ans, majoritairement des couples en recherche de quiétude. Selon Alexandra Lefebvre, coordonnatrice aux opérations, l’offre quatre saisons est un facteur contribuant non seulement à la rentabilité de l’entreprise, mais aussi à la diversification des activités. « Les gens qui séjourneront chez nous durant les quatre différentes saisons de l’année vivront quatre expériences complètement différentes », explique-t-elle.

Pour limiter les impacts négatifs des installations sur l’environnement, Mme Lefebvre assure que le déboisement est limité, contribuant à la fois à la conservation de l’écosystème et à l’intimité des utilisateurs. Les matériaux doivent aussi être choisis en fonction de leur durabilité. Enfin, le compost et le recyclage ont été implanté dans chaque habitation.   

De son côté, Dômes Charlevoix, situé à Petite-Rivière-Saint-François, a ouvert ses portes à l’automne 2018. Les trois dômes sont érigés à flanc de montagne, offrant une vue sur le fleuve Saint-Laurent. Son copropriétaire, Guillaume Genest, souhaite que « les hébergements soient la destination », donc la principale raison pour laquelle les gens choisissent de se déplacer. Ainsi, il annonce en primeur que la phase deux des dômes est prévue pour cet été. En plus, l’équipe travaille simultanément sur un nouveau type d’habitation qui devrait être prêt à l’automne prochain.

Les dômes possèdent tous leur bain tourbillon privé qui fonctionne à l’année. (Crédit photo : Maxime Valsan)

Une nouveauté qui s’épuise ?

Les tendances actuelles sur le marché touristique, qui ne cesse de croître depuis 80 ans, sont multiples, mais les hébergements insolites luxueux quatre saisons sont particulièrement populaires auprès des Québécois. Cependant, selon l’experte Pascale Marcotte, baser son offre uniquement sur le caractère insolite peut être épuisant, car les hébergements sont rapidement copiés, et ce, à travers le monde.  

L’enjeu de taille pour les entreprises de « glamping » est donc de renouveler continuellement leur offre et de cibler de nouvelles clientèles, car les gens séjournent quelques nuitées et ne reviennent pas nécessairement, toujours à la recherche de l’inédit. Ainsi, selon la professeure et chercheure, « on peut s’interroger sur le caractère durable de cette pratique, où ce qui est véritablement consommé, c’est la nouveauté. Il faut sans doute trouver une formule qui permet à l’individu de se ressourcer véritablement, plutôt que de simplement s’exciter à consommer de la nouveauté ».