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Festivals régionaux: les festivaliers peuvent continuer d’y croire pour 2021

10 mai 2021 - 19:27

« L'espoir est toujours bien présent, mais nous savons que nous ne sommes pas une priorité pour le gouvernement. »- Estelle Lemelin, présidente du Festival du Bûcheux de Saint-Pamphile (Crédit photo: Pixabay)


Mathieu Fournier

En raison des mesures sanitaires mises en place par le gouvernement Legault et l’annulation de plusieurs évènements dans la région montréalaise, il est difficile de croire à l’heure actuelle que les festivals d’envergure, comme le Festival d’été de Québec (FEQ), puissent tenir un évènement en format présentiel complet l’été prochain. Toutefois, pour les festivals de régions qui connaissent un achalandage moins grand, il est encore possible d’espérer que certains d’entre eux puissent avoir lieu, selon Estelle Lemelin, présidente du Festival du Bûcheux de Saint-Pamphile.

Lors de notre entretien en mi-avril dernier, la présidente était incapable de prédire la possibilité de tenir ou non son festival en présentiel, alors que celui-ci a habituellement lieu à la fin du mois août. Présentement, l’organisation du festival reste dans l’attente d’une décision du ministère de la Culture et des Communications sur la possibilité ou non d’organiser un festival et sur les réglementations qui seront mises en place par le gouvernement en vue de l’été prochain.

« Je suis consciente que le tourisme et l’évènementiel sont présentement loin d’être une priorité pour le gouvernement dans le contexte que nous vivons, mais nous nous devons commencer à préparer notre festival si le tout semble possible. » –Estelle Lemelin

L’organisation du Festival du Bûcheux de Saint-Pamphile n’exclut pas non plus la possibilité de tenir un évènement en mode virtuel comme l’été dernier. Toutefois, la présidente du festival mentionne que le comité organisateur est présentement à la recherche de nouvelles activités qui pourraient être différentes de ce que l’on a vu depuis le début de la pandémie. Elle ajoute également que la possibilité de changer la date du festival pour se donner plus de temps n’est pas une option, alors que dans la région, les festivals sont nombreux et que le comité organisateur ne veut pas créer de conflits avec les autres évènements.

« On sait que le Festival du Poulet de Saint-Damase, qui se tient une semaine plus tard que le nôtre, est très populaire auprès de notre municipalité de 2000 habitants et nous ne voulons pas créer des conflits entre les deux évènements qui sont très appréciés par la population de la région. » –Estelle Lemelin

Lors du Festival du Bûcheux de Saint-Pamphile, différentes activités entourant le métier de bûcheron sont mises de l’avant comme celle du lancer de la hache, de la scie mécanique et de l’abattage de précision. (Crédit photo: Facebook du Festival du Bûcheux de Saint-Pamphile)

Mme Lemelin ne croit pas qu’une possible annulation pour une deuxième année consécutive pourrait avoir des effets néfastes à court terme sur l’avenir du festival. Toutefois, à long terme, les conséquences pourraient être plus grandes prévient l’organisatrice, alors que le manque de bénévoles, le manque d’engouement pour l’évènement et les coûts d’entretien pour les installations fixes pourraient mettre fin au festival si les choses ne s’améliorent pas dans les prochaines années.

« Comme nous sommes une petite organisation, la présence de bénévoles est essentielle pour la survie de notre festival. Avec le temps, les bénévoles pourraient décider de ne pas revenir et c’est un élément qui pourrait assurément mettre fin au Festival du Bûcheux. » -Estelle Lemelin

Une industrie sans réponses

Contacté au début du mois d’avril dernier, le groupe Événements Attractions Québec (EAQ) a refusé de répondre à nos questions concernant la tenue d’évènement en présentiel l’été prochain, disant concentrer ses énergies à soutenir les entreprises du secteur des festivals et des attractions touristiques. Toutefois, madame Sylvie Théberge, directrice au développement et aux services aux entreprises et aux membres, mentionne que « les prochaines semaines seront extrêmement importantes dans nos discussions [avec le gouvernement] pour justement connaître les balises d’ouverture des festivals et des attractions touristiques. »

Quant à la possibilité de tenir des évènements virtuels, EAQ a publié le 16 mars dernier un communiqué de presse prédisant que l’offre de divertissement virtuel sera grandissante dans les prochains mois. À l’appui, un sondage réalisé par l’EAQ, en collaboration avec Segma Recherche, qui montre que l’offre d’expériences numériques est très appréciée par la population québécoise depuis le début de la pandémie. En effet, selon ce sondage, « plus de 35 % des Québécois ont l’intention de participer à des festivals et évènements virtuels en 2021, alors que 65 % des organisateurs s’apprêtent à offrir du contenu virtuel. » Quant aux coûts reliés à de tels évènements, une majorité des répondants se dit prête à payer pour assister à un festival en ligne, alors que 81 % des répondants au sondage sont prêts à payer un tarif moyen estimé à 15$ par jour.

Toutefois, monsieur François-G. Chevrier, directeur général d’Événements Attractions Québec, mentionnait dans ce même communiqué que, malgré l’engouement entourant les activités touristiques virtuelles depuis le début de la pandémie, l’expérience sur place, comme les concerts, est l’un des éléments qui manquent le plus aux spectateurs depuis le début de la pandémie. Pour M. Chevrier, « sentir l’énergie d’une foule, partager l’ambiance festive, vivre une connexion avec les autres » est impossible à faire vivre en mode virtuel.

« Le virtuel est une belle vitrine, mais ça ne remplacera jamais l’expérience sur place, sur un site d’évènements, dans un concert. […] Pour ma part, la visite d’attractions avec la capacité de toucher, sentir et vivre une expérience va demeurer au cœur de l’offre touristique. »-François-G. Chevrier

Des événements à haut risque

Chantale Sauvageau, professeur agrégée au département de médecine sociale et préventive à l’Université Laval, croit que tenir des évènements de la sorte est envisageable, mais que cela demeure toutefois dangereux en termes de propagation du virus. Le fait qu’organiser un festival prend plusieurs mois de travail et que la situation sanitaire qui change quotidiennement fait croire à Mme Sauvageau qu’il sera difficile d’organiser de tels évènements durant l’été 2021.

La professeur agrégée au département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval ajoute que même si les festivals régionaux attirent une moins grande quantité de festivaliers venant de l’extérieur, la plupart des organisations des festivals ne sont encore pas en mesure d’assurer la mise en place d’installations sécuritaires pour assuré les participants: plusieurs festivals de région ne sont pas suffisamment solide sur le plan financier pour organiser un festival en période de pandémie croit la Dre. Sauvageau.

« Sans installation sécuritaire pour assurer la sécurité des participants, l’organisation d’un tel évènement pourrait mettre la santé des participants en péril », résume Mme Chantale Sauvageau.

Chantale Sauvageau spécifie également que l’organisation d’un festival l’été prochain pourrait avoir des conséquences néfastes sur le système de santé en cas d’éclosion dans les régions. Selon la spécialiste, les systèmes de santé des régions ne sont pas en mesure d’accueillir une grande quantité de gens. En cas d’éclosion lors d’un festival, l’impact pourrait se faire ressentir sur plusieurs semaines, comme ce fut le cas lors de l’éclosion vécue à Québec dans le Mega Fitness Gym à Québec à la fin du mois de mars dernier.

« L’impact d’organiser un festival de régions pourrait être positif, surtout sur le plan social et économique. Les gens ont besoin d’activités pour se divertir et pour le bien de leur santé mentale, mais le risque d’apporter un nombre élevé de cas sera toujours présent. » – Chantale Sauvageau

« Faire un festival sécuritaire c’est possible. C’est le tourisme et la façon de se rendre et de quitter les lieux qui devient problématique. » -Chantale Sauvageau (Crédit photo: FEQ)

Même si Mme Sauvageau croit qu’organiser un festival l’été prochain n’est pas une bonne idée sur le plan épidémiologique, celle-ci admet que l’organisation d’un festival en format hybride, où il serait possible de visionner l’évènement en ligne ainsi que de se présenter sur place, pourrait être la façon la plus efficace et sécuritaire d’organiser un festival durant l’été 2021. selon elle, ce format assurerait aux organisations une certaine rentabilité, en plus de pouvoir générer sur un revenu supplémentaire viable à long terme, même lorsque les choses seront revenues à la normale.

« Avec un format hybride, les organisations de festivals pourraient limiter l’évènement aux gens de la région et ça permettrait assurément de restreindre le nombre de contacts entre les personnes. » -Chantale Sauvageau